Chaire UNESCO

"Politiques urbaines et citoyenneté"

 

     

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Ø      La gouvernance urbaine : nouvelle catégorie d'action des politiques urbaines, Bernard Jouve, 2007

Ø      Gouvernance, démocratie participative et diversité culturelle : quels enjeux pour les villes ?, Bernard Jouve, 2007

Ø       L'empowerment : à quelles conditions ? Pour quels objectifs ? Bernard Jouve, 2006

Les axes de recherche 

 

    La "fabrique" de la démocratie urbaine

La mondialisation est porteuse de restructurations importantes de l’ordre politique contemporain. S’il est certainement hasardeux d’évoquer la fin programmée de l’Etat-nation, il est par contre évident que celui-ci doit faire face à des transformations notamment occasionnées par des mouvements sociaux. Les revendications de ceux-ci sont à la fois relativement classiques car elles portent en grande partie sur les processus de redistribution de la richesse entre groupes sociaux. On note également une plus grande aspiration, aussi bien dans les pays développés qu’en développement, en faveur de l’ouverture des systèmes décisionnels locaux et d’une démocratisation des politiques urbaines. C’est notamment dans ce cadre qu’a été lancée la Décennie Mondiale pour l’Education au développement durable dirigée par le secteur de l’Education de l’UNESCO ou encore les programmes de recherche de l’UNESCO sur les villes comme lieux de transformations sociales accélérées, espaces de culture et territoires de la démocratie.

 

Si certains auteurs ont pu voir dans ces aspirations la « marque » de certains groupes sociaux bien typés – car dotés d’un capital social, culturel économique relativement élevés[1] -, on se rend compte également que cette dynamique est très présente, y compris au sein de groupes sociaux situés plus bas dans la structure sociale. Certains dispositifs formels, comme le budget participatif de Porto Alegre, favorisent l’exercice de la démocratie locale[2] en même temps qu’ils fixent un certain nombre de codes et de règles qui sont autant de contraintes[3].

 

Cette Chaire s’intéressera tout particulièrement à ces « outils » de la citoyenneté en actes, dans une perspective comparée. On s’attachera tout particulièrement à analyser les conditions socio-politiques de leur création et on analysera la portée réelle, en termes d’ouverture de la scène décisionnelle urbaine. En effet, il ne s’agit pas d’aborder ces « outils » dans une perspective enchantée. On sait parfaitement qu’il ne suffit pas de promulguer de nouveaux outils démocratiques pour les contraintes politiques et culturelles à l’expression de la démocratie disparaissent. Notre démarche abordera notamment ces contraintes pour tenter d’envisager des solutions pouvant les lever. Parmi les « outils » analysés, on s’attardera tout particulièrement sur les instruments juridiques – comme la Charte des droits et responsabilités de Montréal, les Conseils de développement tels qu’issus par la Loi Voynet en France, la Charte européenne pour la protection des droits de l’Homme dans la ville, le Statut de la ville au Brésil ou encore la charte mondiale du droit à la ville, en cours d’élaboration par certaines organisations non gouvernementales.

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   L’accès aux « biens communs »

 

L’exercice d’une citoyenneté urbaine passe par l’accès, pour tous les membres d’une même communauté politique, à des « biens communs » indissociables des « droits sociaux » (eau, transports, assainissement, logement, …). L’égalité d’accès à ces « biens communs » constitue une des traductions de l’existence de droits sociaux qui sont au fondement du contrat liant la société civile aux pouvoirs publics. Parce qu’il s’agit de domaines considérés comme fondamentaux pour la vie courante et indispensable à toute dynamique de développement à la fois individuelle et collective, les pouvoirs publics sont donc sommés de rendre accessible, selon les mêmes conditions, ces « biens communs ». Il s’agit là d’une question fondamentale qui alimente de nombreux travaux des Divisions de l’Hydrologie et de l’Ecologie du secteur des sciences naturelles de l’UNESCO qui portent sur l’accès à l’eau potable et à un environnement urbain sain pour tous.

 

On a longtemps pensé que les pays en développement connaissaient des problèmes spécifiques en la matière (urbanisation galopante, faibles revenus du plus grand nombre des ménages, finances publiques limitées, …). Or, il est devenu évident, surtout au cours de la dernière décennie du XXè siècle, que cette différence ne tient plus et que les pays développés connaissent dorénavant des problèmes similaires, même si leur ampleur est difficilement comparable. Il n’en reste pas moins que les pays développés sont confrontés à des processus de paupérisation de segments entiers de leur société civile qui pose également la question de l’égal accès aux « biens communs ». Cette Chaire UNESCO visera ainsi à analyser les politiques, les procédures mises en œuvre, aussi bien dans les pays développés qu’en développement, pour faire face à ce défi majeur qui affecte la vie de centaines de millions de personnes dans le monde et qui interpelle directement les objectifs du Millénaire pour le développement. Par le biais de la comparaison, on s’intéressera notamment aux mouvements sociaux qui sont porteurs des revendications en ce sens et à leur capacité « subversive ».

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   La prise en compte de la diversité culturelle

 

Dans un contexte caractérisé par la mondialisation et par la remise en question de l’élaboration des politiques publiques à l’échelle nationale, les villes ont renforcé leur rôle dans la gestion de la diversité sociétale. Les villes exercent déjà un rôle clé dans la mise sur pied de programmes environnementaux de même qu’en matière d’inclusion sociale et de développement économique et culturel. Leurs champs de compétence ont été nettement augmentés que ce soit dans le domaine, traditionnel, de la prestation des services sociaux et de santé, ou encore, plus récemment, dans le  maintien de l’ordre. L’une des évolutions le plus notables de ces vingt dernières années portent sur leurs référentiels d’action : lorsque la lutte contre les inégalités sociales (et territoriales), résultat de la structuration des rapports de classe, prévalaient, c’est en termes d’accès aux services publics et de besoins inassouvies des populations marginalisées qu’il s’agissait de raisonner. Dorénavant, cette approche par les besoins et la distribution asymétrique des ressources entre groupes sociaux se voit adjoindre la problématique du respect de la diversité culturelle. Le contenu des aspirations et des revendications adressées par certains segments des sociétés civiles aux autorités politiques s’en trouve changé. Parce que les métropoles constituent, comme l’ont montré G. Simmel et l’école de Chicago[4] dès les années 1930, des territoires centraux dans l’expérience de l’altérité, qu’elles sont le creuset de l’expression des « minorités » politiques, elles occupent ce faisant une place incontournable dans le débat actuel. La structuration de ce débat diffère fortement, historiquement parlant, d’un pays à un autre. Il reste que l’UNESCO par la convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle des contenus artistiques adoptée le 21 octobre 2005 reconnaît à cette question de la diversité culturelle une dimension essentielle.

En effet, alors que les problématiques de la diversité culturelle et de sa délicate régulation ont remplacé progressivement celles de la lutte des classes et du compromis keynésien, nous assistons en ce début de XXIème siècle à une nouvelle division du travail entre les métropoles et les Etats pour ce qui est du traitement politique, institutionnel, procédural des « minorités politiques ». Par « minorités politiques », nous entendrons ici les groupes d’individus partageant des traits culturels et socio-politiques particuliers à la base de revendications identitaires (liés à la langue, aux croyances religieuses, à l’appartenance ethnique, aux rapports de genre, aux orientations sexuelles) et qui ont en commun d’être confrontés à un même accès difficile au système politique au sein des démocraties libérales. Cet accès passe non seulement par l’inscription de leurs revendications, de leurs attentes sur l’agenda politique mais également par la captation de postes électifs au sein des exécutifs. Comme on a pu le montrer, les villes constituent un vecteur à partir duquel se redéfinissent les relations entre communautés culturelles, entre groupes sociaux dominants et minorités politiques[5]. A l’inverse, elles peuvent être également, selon les circonstances, les cultures politiques locales, les contextes institutionnels des territoires de stigmatisation, de rejet de ces « minorités ». C’est dans l’analyse de ces deux configurations, des politiques et des pratiques de non discrimination vis-à-vis des « minorités » que l’on entend situer cette partie du programme de la Chaire dans le but de favoriser la diffusion des outils juridiques, des solutions institutionnelles, des procédures efficaces.

 

Cette partie du programme de recherche se focalisera sur la nouvelle économie politique qui se cristallise progressivement autour le rôle que jouent les métropoles dans cette dynamique d’ensemble. Il ne s’agit pas uniquement de s’intéresser aux communautés issues de l’immigration mais d’élargir l’objet de recherche à l’ensemble des minorités politiques qui actuellement, dans des contextes institutionnels très différents, font pression pour que leur accès aux systèmes politiques soit renforcé et utilisent pour ce faire le registre de la diversité culturelle en tant que répertoire de mobilisation et d’action légitime au sein des démocraties libérales.

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    L’empowerment à la base d’un nouveau contrat social

 

Si le terme n’est guère traduisible en français, l’empowerment, comme d’autres termes passe-partout au contenu rendu très plastique du fait d’une utilisation non raisonnée, connaît un succès très important depuis plusieurs années. Alors que les inégalités sociales ne cessent de s’accentuer, le terme sert à désigner un ensemble de transformations majeures aussi bien dans la manière de mener les politiques de lutte contre la pauvreté que le cadre analytique à travers lequel l’individu et les groupes sociaux – compris comme des sujets politiques – envisagent leur rapport à la puissance publique et en premier lieu à l’Etat. Pour aller à l’essentiel, alors qu’un mode de pilotage de l’action publique qualifié de stato-centré montre des signes évidents d’essoufflement, l’empowerment vise à renverser les rapports classiques de domination entre l’Etat et la société civile par le biais de transfert de ressources politiques et de capacité d’organisation. Si, très généralement, la construction des Etats modernes s’est traduite par un processus d’étatisation de la société, plus ou moins marqué selon les pays[6], la puissance publique intervenant en situation surplombante, il s’agit par le biais de l’empowerment de remettre en question le caractère intrinsèquement asymétrique dans l’économie de ces échanges à partir de deux arguments fondamentaux :

 

  1. cette asymétrie est, d’un point de vue fonctionnelle, inefficace car elle conduit à la reproduction des  rapports de domination entre groupes sociaux.

  2. De plus, elle est politiquement infondée car les sociétés contemporaines, dans les pays développés comme en développement ont tendance à s’émanciper de leur rapport à l’Etat en imposant à ces derniers de nouvelles contraintes et en remettant en cause leur légitimité même.

 

L’empowerment constitue une stratégie particulièrement soutenue par les grandes organisations internationales comme la Banque Mondiale ou le Fonds Monétaire Internationale dans leurs « nouvelles » politiques de développement qui visent à s’adresser directement aux populations les plus démunies. L’UNESCO utilise également cette approche vis-à-vis des femmes afin de rééquilibrer les rapports de genre ou encore dans certains programmes d’éducation non formels utilisant les nouvelles technologies de communication (par exemple en Asie au Sri Lanka, au Laos, en Thaïlande).  On retrouve de plus en plus ce type de mesure dans les pays développés Appréhendé à partir de ces registres de justification, on serait ainsi tentés d’accorder à l’empowerment des vertus subversives d’une portée inégalée touchant à la fois au contenu des politiques publiques et surtout à la transformation de l’ordre politique à travers la recomposition des relations entre l’Etat et les citoyens. Comme pour les autres chantiers de recherche, il s’agira d’analyser les conditions politiques, économiques, sociologiques à partir desquelles des stratégies d’empowerment sont élaborées et d’en évaluer les impacts sur la redéfinition des rapports entre la puissance publique et la société civile.

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[1] Clark, T. N. et Hoffmann-Martinot, V. (1998), The new political culture, Westview Press, Boulder, Colo.

[2] Gret, M. et Sintomer, Y. (2002), Porto Alegre. L'espoir d'une autre démocratie, La Découverte, Paris.

[3] Jouve, B. et Booth, P. (2005), Metropolitan Democracies. State Transformations and Urban Policies in Canada, France and Great-Britain, Ashgate, Aldershot.

[4]  Simmel, G. (1989), Philosophie de la modernité, Payot, Paris.

[5] Jouve, B. et Gagnon, A.-G. (sous la direction de) (2006), Les métropoles au défi de la diversité culturelle, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble.

[6] Badie, B. et Birnbaum, P. (1979), Sociologie de l'Etat, Grasset, Paris.

 

 

 

 

Dernière mise à jour : lundi 27 août 2007